Jaguar Type-D et les 24h du Mans (part1)

Après la victoire de 1953 (objet d’un article précédent), Jaguar décida d’étudier le dessin d’une nouvelle voiture: le projet D.

Sir William Lyons fixa à ses ingénieurs 3 objectifs par rapport à la Type-C : gagner du poids, de la puissance et augmenter la vitesse de pointe. Pour ce faire ils utilisèrent une nouvelle technologie : un chassis monocoque en aluminium, à la place du chassis tubulaire de la Type-C. Concernant le moteur, Jaguar décida de continuer avec le bloc XK de 3422cc, le 6 cylindre en ligne mais l’ingénieur en charge du département moteur, Harry Weslake, réussit à faire passer sa puissance à 240 Ch. Concernant la vitesse de pointe c’est Malcolm Sayer qui travailla sur la nouvelle carrosserie. Il réalisa une ligne encore plus aérodynamique que celle de la Type-C et plaça un aileron vertical à l’arrière du dossier du pilote en vue de stabiliser la voiture à haute vitesse.

Dès les premiers essais la voiture se révéla très rapide et l’édition des 24h du Mans de 1954 promettait d’être serrée entre les voitures anglaises et les Ferrari 375 Plus et leur moteur V12 5 litre de plus de 240 Ch. Trois Jaguar Type-D seront au départ, les chassis XKD402 avec le num 14 piloté par Tony Rolt et Duncan Hamilton, XKD403 avec le num 12 piloté par Stirling Moss et Peter Walker et XKD404 avec le num 15 piloté par Peter Whitehead et Ken Wharton. Dès le départ la Ferrari 375 Plus de José Gonzalez et de Maurice Trintignan devance la Type-D de Rolt et Hamilton mais à moins de 2 heures de la fin de la course, sous une pluie battante la Ferrari ralenti et rentra au stand. L’allumage semble noyé et le moteur ne tourne plus sur ses 12 cylindres. Le temps de la réparation, la Jaguar Type-D refait son retard et lorsque Gonzalez quitta les stands les deux voitures étaient dans la même minute. La dernière heure est une suite de records du tour mais la Ferrari passa la ligne en premier avec le plus petit écart alors enregistré au 24h du Mans : moins de 4 km. (NB: A noté que lors de l’édition de 1969 l’écart entre la Ford GT40 de Ickx et la Porsche 908 d’Hermann-Larousse, les deux premiers, ne sera que de 100m mais ceci fera le sujet d’un prochain article). La légende dit que Ferrari aurait utilisé plus de mécaniciens que le nombre autorisé pour remettre la voiture en état mais Jaguar refusa de porter plainte argumentant que la victoire se gagne sur la piste et non devant les tribunaux.

L’édition 1955 des 24h du Mans est dramatiquement connue. L’accident et l’embrasement de la Mercedes dans la foule fut tragique et reste à ce jour un des plus grave du sport automobile. Les autorités dirigeantes de la course décidèrent de ne pas interrompre cette dernière en vue de faciliter le travail des secours et des ambulances. Les concurrents ignorant les conséquences dramatiques de l’accident continuèrent à se battre sur les 13 km du circuit de la Sarthe comme lors des précédentes éditions de la course.

En 1955, l’aéro des Jaguar Type-D avait été retravaillé. Le nez est plus long et le pare brise est plus enveloppant en vue de se prolonger par la dérive arrière. En plus des trois voitures d’usine, deux autres Jaguar étaient engagées par Cunningham et par l’écurie Francorchamps.

Les 3 officielles : le châssis XKD505 pour la num 6 piloté par Mike Hawthorn et Ivor Bueb, le châssis XKD506 pour la num 7 piloté par Rolt et Hamilton, le châssis XKD508 pour la num 8 piloté Don Beauman et Norman Dewis. Une voiture était engagée par Cunningham le châssis XKD507 pour la num 9 pilotée Phil Walters et Bill Spear. L’Ecurie Francorchamps engageait le châssis XKD503 pour la num 10 pilotée par Johnny Claes et Jacques Swaters.

Ferrari présentait sa nouvelle voiture, la 121 LM avec son moteur de 4.4 l, un 6 cylindres développant 330 ch. Mercedes revenait avec la nouvelle 300 SLR, pilotée par Moss et Fangio et Levegh. leur moteur était un 8 cylindres de 3 l de 300 ch mais surtout les voitures étaient équipées d’un système de freinage révolutionnaire : « intrados ». Un volet, positionné derrière le pilote, qui se levait lors du freinage et qui permettait de freiner aussi fort que les voitures équipées de frein à disque. Aston Martin sera également présent avec les DB3S et Maserati avec les 300S.

Une fois le départ lancé, deux Ferrari s’élançaient en tête suivies par deux Jaguar et la Mercedes de Levegh. Fangio a accroché le bas de son pantalon dans le changement de vitesse en voulant imiter le style des départ de Stirling Moss en sautant dans la voiture. Suite à cela il fut englué dans le peloton mais dès la première heure de course il va remonter un à un tout les concurrents. Vers 18h30 Fangio revint sur la Jaguar et Hawthorn se battit comme un diable pour contenir la Mercedes. Nous ne sommes que quelques années après la fin de la guerre et Hawthorn, en bon anglais, refusait de se faire dépasser par une voiture allemande. Ils alignèrent les tours à vive allure et prirent même un tour d’avance à Pierre Levegh qui ménageait sa monture en vue des 24 heures de course. Malheureusement, lors d’une manœuvre dans la ligne droite des stands, l’Austin Healey 100S de Macklin fit un écart pour éviter la Type-D d’Hawthorn et propulsa la Mercedes de Levegh hors de la piste avec les répercussions dramatiques que nous connaissons.

Sur la piste, la course continue et bat son plein, Moss et Fangio sur leur Mercedes se battent à coup de secondes avec la Type-D de Hawthorn et Buel. Du côté de Ferrari, la 121LM de Castellotti, après s’être battue avec les hommes de têtes abandonne sur des soucis moteur dès la 5e heure. Les Ferrari de Trintignan et celle de Phil Hill ne terminèrent pas la nuit. A la mi-course les trois voitures officielles de la Scuderia avaient abandonné. A ce moment là, l’usine Mercedes de Stuttgart intime l’ordre à Alfred Neubauer de retirer les deux Flèches d’Argent encore en course.

La Jaguar Type-D de Mike Hawthorn et Ivor Bueb n’ayant plus d’adversaires à son niveau, termina la course en roue libre et remporta une troisième couronne à l’usine de Coventry, laissant l’Aston Martin DB3S de Peter Collins et Paul Frère à plus de 62 km.

La voiture victorieuse, le châssis XKD505 en 1955 et aujourd’hui :

1955 Hawthorn suivit par la mercedes de Fangio et son « Intrados »

Vous trouverez beaucoup de photos de Jaguar Type-D sur le site http://www.pistonsandwheels.com dont voici quelques exemples. Il s’agit exclusivement d’authentiques Jaguar Type-D au num de châssis : XKD505 – XKD506 – XK517 – XKC543 – XKD558 et XKC561

Toute reproduction interdite sans l’autorisation de l’auteur – Reproduction prohibited without permission of the author

@waltheradriaensen – pistonsandwheels

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